Les Églises
brûlées de mon peuple
Par Luc
Lacroix du bureau provincial à Gatineau de l'Alliance Autochtones du
Québec (AAQ)
*AAQ.ca est un nom de domaine du présent site.
Je suis Autochtone, Indien, Sauvage, Métis; enfin, voilà quelques qualificatifs qui sont utilisés aujourd’hui par la société contemporaine pour me décrire. Mais qu’est-ce que tout cela veut dire vraiment? C’est la question que je me suis posé il y a environ 15 ans quand j’ai commencé le cégep et que j’ai décidé d’entreprendre des recherches généalogiques afin d’élucider mon passé. C’est également le sujet de cet article.
J’ai toujours su que j’étais de descendance indienne car ma famille a conservé un mode de vie traditionnellement autochtone. La nature, la chasse, la trappe, la pêche ainsi que la guérison par les plantes médicinales ont fait partie intégrale de ma vie. De plus, j’ai été assez chanceux de vivre à une époque où je n’ai jamais connu les préjugés qui sont normalement réservés aux autochtones vivant en milieu urbain. Par contre, j’ai appris que ce n’était pas la même situation pour mes ancêtres …
Mon
« sang indien » me vient du côté de ma mère. J’ai cru, au début, que
c’était la seule source mais je reviendrai sur ce point plus tard. Mon grand-père,
César Paul, était de la nation des Algonquins; un « pure-sang », comme
on dit, dans la région de Maniwaki. À cause de sa longévité, j’ai eu la chance
de le rencontrer quelques fois avant son décès en 1975. Selon la Secrétaire
d’État du gouvernement canadien de l’époque, Mme Judy Lamarche, qui avait effectué
des recherches afin de prouver son âge lors des célébrations centenaires du
Canada en 1967, mon grand-père est décédé à l’âge de 112 ans. Par contre, elle
ne pouvait nous fournir un acte de naissance car apparemment l’église où mon
grand-père fut baptisé avait brûlé. Un phénomène qui se répètera maintes fois
chez les autochtones recherchant leur passé! J’y croyais plus ou moins à cette
explication et c’est une des raisons pour laquelle j’ai voulu en savoir davantage
à son sujet. Mais, il y avait aussi un air mystérieux qui entourait cet homme.
On en savait très peu sur son passé. Vu que personne dans ma famille n’avait
réussi à retracer clairement ses origines, j’ai décidé de relever ce défi.
La première étape
J’ai décidé que la meilleure façon de commencer mes recherches serait d’interviewer les membres de ma famille. J’ai été très surpris de constater que personne avait la même version des faits. Ils avaient quand même plusieurs points en commun et c’est sur cela que je me suis basé. Par contre, ma mère m’expliquait plus tard, qu’à cette époque, les enfants n’étaient pas encouragés à poser de telles questions à leurs parents. Beaucoup de choses étaient cachées et il ne fallait surtout pas en discuter!
Mon dernier interview de la famille fut celui de mon oncle Rhéal et de ma tante Louise. C’est cette tante d’ailleurs qui m’a donné la piqûre pour la recherche (un cadeau que je lui remettrai plus tard …) car lors de ma rencontre, elle m’a suggéré d’aller aux archives afin de continuer mes recherches. Je dois vous avouer que je n’avais aucune idée de ce qu’elle me disait ou de quelles sortes d’informations l’on trouvait à cet endroit. Mais elle a réussi à me convaincre et, armé des informations que j’avais recueillies auprès de ma famille, je suis parti en direction d’Ottawa.
Les archives
Une
fois rendu aux archives, j’ai dû répondre à quelques questions que je n’avais
pas anticipées. Premièrement, pourquoi est-ce que je voulais retracer mes ancêtres
autochtones? La généalogiste du lieu, s’empressa de m’expliquer qu’il y avait
certainement des avantages économiques à être « Indien » de nos jours
et qu’il faudrait que je trouve mon numéro de bande afin d’identifier ma famille
dans le système. Elle continua en m’expliquant qu’il était cependant possible
que je ne trouve pas de numéro de bande pour ma famille car parfois, les Indiens
à l’époque vendaient leurs numéros de bande pour avoir le droit de fréquenter
les hôtels du coin. Si tel était le cas, il n’y avait rien que je pouvais y
faire. Je dois vous avouer que j’étais très confus à ce moment. Elle me décrivait
un monde « autochtone » complètement inconnu de ce que j’avais vécu
dans ma famille et ma communauté. Je voulais tout simplement connaître l’histoire
de mes ancêtres; je n’étais pas motivé par des avantages économiques.
En
premier lieu, la généalogiste m’a référé aux recensements fédéraux. J’ai été
chanceux dès mon premier essai : j’ai trouvé la famille de mon arrière-grand-père
et ils étaient tous identifiés comme des « Indiens » au recensement
de 1881. Alors, qu’est-ce que cela voulait dire? Je n’avais certainement pas
besoin d’un morceau de papier pour m’indiquer quel était mon patrimoine; je
l’ai toujours vécu dans mon for intérieur et au sein de ma famille. Un recensement
fédéral reconnaissait officiellement ma famille comme étant « indienne »;
alors, j’allais sans doute être reconnu comme un Indien statué? Dans ma logique,
puisqu’une division du gouvernement canadien reconnaissait officiellement ma
famille comme « Indienne » et l’a recensée ainsi, il allait de soit
que le ministère des Affaires indiennes, faisant partie du même gouvernement,
allait nous reconnaître également. Mais, était-ce que je voulais? Je ne le savais
pas encore.
Je
suis retourné voir la généalogiste du lieu avec mes découvertes et elle m’a
référé au ministère des Affaires indiennes qui, à leur tour, m’ont dirigé à
la réserve indienne de Maniwaki. Après une conversation très brusque de 8 minutes,
maximum, on m’informe qu’ils n’avaient pas d’informations à me donner concernant
ma famille et qu’ils n’avaient pas, non plus, de numéro de bande dans leurs
registres pour mes ancêtres! Par la suite, j’ai rempli mon formulaire du ministère
des Affaires indiennes et je leur ai expédié. Quelques mois plus tard, on m’informe
que ma famille n’était pas reconnue comme « indienne » au sens de
la loi et n’avait pas de numéro de bande. Horreur!! À en croire les explications
que m’avait données la généalogiste aux archives nationales du Canada, cela
voulait dire que je descendais d’une famille d’ivrognes! Il était donc évident
que je devais clarifier certains points et obtenir plus d’information avant
de continuer plus loin dans cette recherche.
J’ai
commencé à faire de la lecture intense sur la question autochtone au Canada.
Tout ce que je pouvais trouver sur les autochtones, leurs mœurs, leurs coutumes,
leurs conditions de vie socio-économique avant et après l’arrivée des Européens,
la traite des fourrures, l’Acadie, les Grands-Lacs, Louis Riel, je l’ai absorbé.
J’ai même dû revoir l’histoire du Canada au complet pour me situer dans le contexte
des faits. Mais pas l’histoire que le système scolaire impose aujourd’hui dans
les écoles ou celle mystifiée par le clergé, mais la vraie version de l’histoire,
celle que mes ancêtres ont vécue.
C’est pourquoi je vous suggère qu’avant d’entreprendre vos recherches sur vos ancêtres autochtones, il serait bon pour vous d’identifier clairement quel est le but de vos recherches. Dépendamment de vos objectifs, vous pouvez vous y prendre de différentes façons. Mais avant d’aborder ce sujet, quelques précisions s’imposent.
Définitions et clarifications.
La
plus grande fausse croyance est qu’en ayant une carte autochtone, vous ne payez
plus de taxes : rien n’est plus loin de la vérité. Les seules personnes
qui sont exemptées de payer l’impôt sont les Indiens statués demeurant et travaillant
sur une réserve indienne. Par contre, beaucoup de gens utilisent quand même
leurs cartes indiennes afin de ne pas payer les taxes de vente dans les magasins
et parfois, ils réussissent leur coup. Mais prenez garde, ce n’est pas légal
et vous risquez de vous retrouver avec une facture de Revenu Canada et possiblement
une amende! Je connais quelques personnes qui se sont faits « avoir »
de cette façon. La plupart des commerces ne sont pas au courant des règlements
qui gèrent l’exemption de taxe ou ne veulent pas s’informer. Puisque cette exemption
n’affecte pas leurs profits directement, puisque c’est la part du gouvernement
qui est retenue, je crois qu’ils ne sont pas tellement incités à vouloir s’informer
davantage. Ils n’ont qu’à remplir quelques formulaires et le tour est joué.
Mais, c’est de la fraude! Prenez garde!!!
Une autre raison populaire pour laquelle les gens veulent avoir leurs cartes indiennes est qu’ils croient avoir le droit de chasse et de pêche n’importe où et n’importe quand et ce, sans avoir à payer pour un permis. Encore une fois, c’est faux. Bien que la plupart des organisations autochtones croient fortement en ces droits ancestraux, et qu’elles travaillent présentement à conclure des ententes avec les différents paliers gouvernementaux, nous n’avons malheureusement pas la permission légale pour chasser, pêcher ou trapper sans avoir les permis normalement requis pour ces activités.
Ceci étant dit, il y a donc différents groupes d’autochtones au Canada auxquels vous pouvez vous rattacher. Les Indiens statués vivant sur une réserve ou vivant hors-réserve et les Métis et les Indiens sans statuts! Généalogiquement, ces groupes descendent des mêmes souches communes. La distinction entre ces groupes est strictement gouvernementale. Il y a aussi les Inuits dans les régions plus nordiques du Canada.
Indiens statués ou non
Pour commencer, arrêtons-nous sur la question de l’emploi du terme indien pour décrire notre peuple. C’est à Christophe Colomb que nous devons ce nom. Quand il est arrivé en Amérique en 1492, il croyait qu’il était débarqué aux Indes. Alors, les habitants de ce pays étaient par le fait même des Indiens. Tous les peuples des Amériques furent alors classés dans la même catégorie, en une masse unique et en apparence homogène. Mais pour ma part, je crois que le terme autochtone est le plus approprié.
Dès 1670, le gouvernement britannique adopte des lois pour confier la conduite des affaires indiennes aux gouverneurs coloniaux et à leurs conseils. Il établit a ainsi ce qui deviendra des caractéristiques permanentes de la politique britannique :
les Indiens doivent être protégés contre l’exploitation des Blancs sans scrupules;
Cette politique générale trouve finalement son expression dans la Proclamation Royale de 1763, qui va ultérieurement devenir la pierre angulaire de la future politique canadienne. La Proclamation formule d’abord ce qui va devenir les quatre principes fondamentaux de la politique canadienne à l’égard des Indiens :
Le premier ministère des Indiens officiel est formé en 1755 comme une branche de l’armée, sous la surintendance directe du Commandant en Chef des Forces britanniques en Amérique du Nord. Entre 1850-1851, les premières lois canadiennes concernant les affaires indiennes sont adoptées par l’assemblée législative de la Province unie du Canada. Elles ont pour objet de mieux protéger les terrains et les intérêts des indiens jusqu’à ce qu’ils (les indiens) deviennent civilisés ou assimilés. Je n’entrerai pas dans tous les détails, mais si vous voulez en savoir davantage sur cette loi draconienne, vous pouvez la consulter sur internet au http://lois.justice.gc.ca/fr/I-5/index.html. C’est à ce moment que le gouvernement a commencé à tenir un registre officiel des personnes autochtones au Canada.
Plus tard, en 1876, le gouvernement du Canada proclame l’Acte des Sauvages qui vise à définir plus précisément et à circonscrire les peuples autochtones du pays et il y parvient. Ce document, avec les modifications qui y sont apportées, va régir la vie des Autochtones au Canada à partir de ce moment jusqu’à nos jours. L’Acte des Sauvages est un mécanisme exhaustif de contrôle social! Le gouvernement décida également de clôturer les indiens dans des espaces connues sous le nom de « Réserve Indienne » d’où vient la perception des gens que pour être un vrai Indien, il faut venir d’une réserve. C’est faux! L’Acte des Sauvages confère au gouvernement fédéral le pouvoir de déterminer qui est Indien et qui ne l’est pas. Par conséquent, d’importants groupes de la communauté autochtone du pays ne sont pas (et ne sont toujours pas aujourd’hui) Indiens au sens de la loi.
Au moment de la création de ces fameuses réserves, beaucoup de familles furent divisées. Ce ne sont pas tous les autochtones ont voulu vivre sur ces terrains délimités par le gouvernement et se faire cataloguer par un numéro de bande. Beaucoup d’entre eux ont choisi la liberté et ont continué à vivre leur mode de vie traditionnellement nomade, comme l’on fait mes ancêtres d’ailleurs, et plusieurs ont tout simplement été oubliés par les énumérateurs.
À l’époque, les familles autochtones vivaient en petites communautés près des cours d’eau principaux et parfois elles s’intégraient dans des communautés blanches. Il y avait même à l’occasion des Blancs qui vivaient dans les communautés autochtones et qui ont été inscrits au registre et assignés un numéro de bande. De l’autre côté de la médaille, il y eut des autochtones qui ont perdu le droit d’avoir leurs numéros de bande. L’exemple le plus commun est celui d’un homme indien, au sens de la loi, qui épouse une femme blanche. Il garde son statut et sa femme devient miraculeusement une Indienne statuée ainsi que tous leurs enfants, qui ne sont dans le fond que des Métis. Mais si l’inverse se produit, qu’une femme Indienne épouse un homme blanc, elle et ses enfants perdent automatiquement leur statut! Cette injustice fut rectifiée en 1985 avec l’adoption du Bill C-31.
De nos jours, les gens qui désirent s’identifier comme indiens statués doivent communiquer avec le ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada à Hull. Ils vous feront parvenir un formulaire et un dépliant qui explique quelles conditions vous devez remplir afin de retrouver votre statut. Une de ces conditions, c’est que vous devez prouver, généalogiquement, de quelle façon vous vous rattachez à une personne statuée; i.e., qui possède son numéro de bande et qui ést membre d’une réserve indienne au Canada. Il y a aussi plusieurs critères que vous devez respecter concernant le nombre de générations entre vous et la personne à qui vous vous rattachez. Pour avoir la liste complète de ces critères, je vous réfère à la Section 6 de la Loi sur les indiens au http://lois.justice.gc.ca/fr/I-5/index.html.
Les Métis et les Indiens sans statut
La deuxième catégorie d’autochtones au Canada est identifiée comme Métis et Indien sans statut. Il n’y a pas vraiment de différence entre le groupe précédent et celui-ci à part leur emplacement géographique. Les Métis ainsi que les Indiens Statués descendent tous des mêmes souches généalogiques.
La seule distinction est de nature gouvernementale. Comme j’expliquais plus haut, selon moi, on peut retracer l’origine de cette scission des peuples autochtones au moment de la création des réserves indiennes. La meilleure façon de conquérir un peuple, c’est de le diviser, n’est-ce pas? Au fil des années, l’implication continuelle du gouvernement dans la vie des Indiens sur une réserve n’a qu’aggravé davantage la situation.
Au cours des années 1960, une agitation politique se fait sentir sur divers fronts et s’empare du continent nord-américain. Au Canada, les questions autochtones commencent soudain à faire l’objet d’une plus grande attention de la part du public. De façon indirecte, la campagne pour les droits civiques en cours aux État-Unis remet sur la sellette le maintien du statu quo à l’égard des Autochtones au Canada.
C’est pourquoi dans les années 1970, on a vu naître au Canada, plusieurs organisations autochtones qui revendiquent les mêmes droits et bénéfices accordés à leurs cousins statués. Mais, ce fut, et ça demeure toujours, un combat de très grande taille. Ce n’est qu’en 1982 que le gouvernement du Canada a rapatrié la constitution canadienne pour enfin reconnaître officiellement les Métis comme faisant partie des peuples Autochtones du Canada.
Quelle représentation choisir?
Actuellement, il existe des centaines d’organisations autochtones au Canada. C’est pourquoi il est très important pour vous de choisir soigneusement l’organisation qui va le mieux représenter vos intérêts. Méfiez-vous des gens qui vous garantissent une carte de statut autochtone moyennant une somme d’argent. La plupart du temps, ces genres d’organisations ne sont motivées que par une seule chose; s’enrichir à vos dépens. Elles vous promettent des exemptions de taxes, la permission de travailler aux États-Unis, des droits de chasse et de pêche, etc. Certaines de ces organisations vont parfois jusqu’à numériser les cartes de statut, ordinairement produites par le ministère des Affaires indiennes, et d’en faire une petite modification mineure, quasiment imperceptible à l’œil nu pour tromper les gens. Mais prenez garde, vous commettez un acte criminel si vous utilisez une telle carte et vous serez puni. Seul le ministère des Affaires indiennes possède le pouvoir de vous reconnaître comme un indien statué et de vous émettre une carte à cet effet.
Si vous songez sérieusement à vous joindre à une organisation autochtone crédible et reconnue par les différents paliers gouvernementaux, je vous recommande alors de vous adresser au Congrès des Peuples Autochtones du Canada (CPA). Ils sont les représentants officiels, au niveau national, des Métis et des Indiens sans statut demeurant hors du contexte des réserves au Canada. Vous pouvez consulter leur site internet au www.abo-peoples.org. Cette organisation reconnaît un affilié par province. En Ontario, l’organisation affiliée qui est reconnue est le « Ontario Métis Aboriginal Association (OMAA) ». Au Québec, c’est « l’Alliance Autochtone du Québec » qui est reconnue depuis 30 ans maintenant en tant qu’affiliée pour représenter les intérêts des Métis et des Indiens sans statut demeurant hors du contexte des réserves. Vous pouvez consulter leurs site internet au www.aaqnaq.com.
Critères d’admissibilité
Au Québec, l’Alliance Autochtone du Québec exige que vous prouviez, généalogiquement, que vous êtes de descendance autochtone et ce, sans limites de degrés. Vous devez démontrer clairement comment vous vous rattachez à un(e) de vos ancêtres qui est qualifié(e) comme autochtone dans un acte religieux, un recensement ou un ouvrage de référence généalogique publié.
Certains historiens prétendent que le sang métis d’une personne s’évapore mystérieusement après quelques générations. C’est un sujet qui est assez délicat et qui mérite d’être étudié plus en détails je crois. Personnellement, je ne crois pas à cette hypothèse ridicule et raciste émise par des gens, supposément intelligents, qui refusent d’accepter leurs ancêtres à cause de certains préjugés et stéréotypes qui ont été associés avec les peuples autochtones dans le passé. Quand on achète un gâteau, est-ce que l’on s’attarde à distinguer la quantité de farine, de sucre, d’œufs et de lait avant de le consommer? Non, on accepte le produit fini tel qu’il est; comme un mélange (ou un métissage) complet. Une autre analogie est celle de la peinture. Si vous prenez un gallon de peinture blanche et vous y ajoutez un gallon de peinture rouge, est-ce que le produit final a la même teinte de blanc qu’au début? Non et peu importe le nombre de fois que vous ajoutez du blanc à ce mélange (ou métissage), le résultat final sera toujours une nouvelle couleur distincte avec ses propres caractéristiques sans être inférieure à la couleur de départ. Elle est différente, c’est tout!
Malgré les sauvageries que les européens ont infligé aux peuples autochtones du Canada à travers les années, jamais on entendra un Métis renier qu’il a du sang de Blanc qui coule dans ses veines. Nous sommes fiers du peuple que nous sommes devenus. Nous acceptons notre métissage. Ce qui est important de comprendre, c’est que nous avons réussi à nous rendre à ce point dans l’histoire et par le fait même, nous avons créé un nouveau peuple qui symbolise l’acceptation d’autrui et la confiance qu’avaient nos ancêtres que nos deux cultures pourraient un jour s’amalgamer parfaitement et vivre comme frères!
Je ne comprendrai jamais l’importance de vouloir quantifier le pourcentage de sang indien d’une personne? Être autochtone ce n’est pas simplement une question sanguine ou un morceau de papier. Peu importe le moment où a eu lieu le métissage dans une famille, les générations futures conserveront toujours à l’intérieur d’eux un sentiment d’appartenance beaucoup plus élevé qu’une personne de souche exclusivement européenne. Les métis ont un besoin inexplicable de vivre en harmonie avec la nature, les plantes et les animaux. Ils ont un rattachement profond à leurs familles et un grand respect pour leurs aînés. Enfin, la liste des caractéristiques d’une personne métisse est très longue et ne se traduit pas facilement en paroles. Il faut le vivre à l’intérieur de soi pour comprendre ce point très délicat.
Les documents de preuve
Une fois que vous acceptez pleinement votre héritage et que vous avez choisi l’organisation qui représentera le mieux vos intérêts, vous devez faire un peu de recherche. Pour les adeptes de la généalogie, ce sera facile de faire un arbre généalogique et de remonter jusqu’au moment de la colonisation. Mais, pour ceux qui sont moins habitués, commencer (comme je l’ai fait) en questionnant votre famille. Vous devez recueillir le plus d’information possible d’eux, afin de déterminer la personne de souche autochtone parmi vos ancêtres. Je peux vous garantir, selon mon expérience, que 99% du temps, ils auront toujours raison! La tradition orale a été, pendant des millénaires, la seule façon par laquelle notre peuple s’est identifié et a pu transmettre son histoire. Ce n’est que dans les deux derniers siècles que l’on a voulu cacher la vérité.
Si vous avez un grand-père ou un oncle qui se souvient que sa grand-mère était une indienne, partez avec cette information et retracez les origines de cette grand-mère et je crois que vous aurez du succès. Occasionnellement, le clergé et les autorités gouvernementales ont essayé de cacher la vérité en rebaptisant les personnes autochtones et en leur donnant une nouvelle identité. Ça peut être assez difficile parfois, mais ce n’est pas impossible; ne vous limitez pas à une seule source d’information. Consultez différentes sources d’information et vous verrez que parfois vous trouverez des pistes qui porteront fruit. Pour une raison ou pour une autre, certains auteurs et plusieurs énumérateurs, omettaient tout simplement la nationalité autochtone d’une personne.
Depuis quelques années, je souligne de plus en plus d’erreurs ou d’omissions dans les dictionnaires Drouin, Tanguay ou même dans certains Recueils généalogiques lors de recherches sur une personne de souche autochtone. En vérifiant les informations dans les registres de paroisses actuelles, les actes notariés, les recensements ou les ouvrages généalogiques crédibles, on parvient assez régulièrement à trouver la vérité.
Sur ce sujet, j’aimerais maintenant vous citer quelques paragraphes tirés du livre : « L’esclavage au Canada français » de Marcel Trudel, D. ès L., membre de l’Académie canadienne-française et de la Société royale du Canada et professeur à l’Université d’Ottawa. Ces passages résument très bien l’attitude des gens autrefois face au métissage au Canada :
« Délicate question que celle du métissage! Les Canadiens français, dont les pères ont éprouvé un goût désordonné pour les sauvagesses, ne souffrent pas volontiers qu’on en parle. À ceux qui prétendent que les Canadiens français ont du sang sauvage dans les veines, on répond d’ordinaire par un NON claironnant et offensé, mais personne encore ne s’est mis à l’œuvre pour établir le bien-fondé ou l’impertinence de l’affirmation. En réponse à ce problème, Benjamin Sulte écrivait : “ Tout au plus pourrait-on dire qu’il est tombé dans le Saint-Laurent quelques gouttes d’eau du Missouri ”. Assurément le nombre des mariages entre Canadiens et panis (une nation autochtone qui devinrent des esclaves) n’est pas élevé, nous n’avons pu en dénombrer que 45. Cependant, ce n’est pas le nombre des mariages qui importe, mais celui des descendants : on sait, par exemple, que tel immigrant français du dix-septième siècle, ne s’est marié qu’une fois et il compte quand même aujourd’hui plus de 20,000 descendants. Il reste donc à s’attaquer bravement au problème pour savoir, une fois pour toutes, combien de descendants ces mariages métissés ont pu produire. La parole est aux Léveillé, aux Leduc, aux Doyons et à bien d’autres.
Sur ce sujet dangereux, Adolphe-Basile Routhier n’a pas manqué, au siècle dernier, de taquiner assez durement l’abbé Henri-Raymond Casgrain. L’abbé Casgrain avait, paraît-il, la prétention de descendre des Casgrain d’Airvault et des Montmorency : Routhier se chargea de crever les ballons de l’abbé, en rédigeant une fort maligne mise au point. De cette page d’or, tant convoitée, n’existera probablement jamais. Car, avant de consentir à son insertion au “ livre de la noblesse ”, on y regardera à deux fois, on fera des recherches, on fouillera le greffe de Québec, et, dans les registres des baptêmes, mariages, et sépultures des paroisses de Québec et de Beaumont, on trouvera divers actes authentiques constatant que Jean Casgrain était traiteur à la basse-ville, c’est-à-dire préparait et servait à manger et à boire aux voyageurs et aux viveurs de ce temps-là, et qu’il épousa, à Québec, une demoiselle Duchesne dite LeRoide, fille d’André Duchesne dit LeRoide, de la nation des Pawnis (sic). Ces actes établiront que Jean Casgrain n’était pas originaire de Vendée, mais de l’ancienne petite province d’Aunis, et qu’au lieu d’être sergent à la tête des troupes, il était tout bonnement cuisinier à la tête de ses plâts; que s’il a fait couler le sang, ce ne peut guère être que celui de la volaille, et que ses blessures, s’il y en avait, étaient probablement des brûlures. Donc, si le Jean-Baptiste Casgrain, Vendéen, né à Airvault; le Casgrain sergent qui combattait à la tête des troupes de France et de Navarre; le Casgrain pourfendeur et mangeur de Turcs, le nasicobole, minus-cheville, balafré et calabré, si ce Casgrain a existé – ce que personne ne voudra croire – ce ne peut être Jean Casgrain le cuisinier, qui en l’an 1750, tournait des crêpes dans sa gargotte de la basse-ville, et menait à l’autel mademoiselle LeRoide, de la nation des Panis (esclaves) ».
Selon moi, une des meilleures sources crédibles de renseignements pour identifier les familles autochtones et métisses sont les recensements fédéraux entre 1851 et 1901. Selon les années, le gouvernement énumérait les autochtones de façon différente. Je vous conseille fortement de consulter les Instructions aux énumérateurs pour chaque année de recensement. Ce document contient la clé qui va vous permettre de déterminer si vos ancêtres ont été recensés comme autochtones ou non.
Il y avait différentes façons d’identifier un « Indien » autrefois. Entre 1851 et 1881, la façon la plus commune était d’inscrire les lettres « ind » dans une des colonnes du recensement, soit la colonne 10 pour le recensement de 1851 ou la colonne 13 pour le recensement de 1861. J’en ai même vu qui utilisait le terme péjoratif « squaw »pour décrire une femme indienne. En 1871 et 1881, on décida d’inscrire au long les termes « indien/indian » ou « sauvage/savage » dépendant de la langue maternelle de l’énumérateur. Parfois on désignait la personne par sa nationalité soit : « Algonquin », « Iroquois », « Montagnais » etc. J’en ai même vu un qui, ne connaissant pas le dialecte autochtone du coin, a recensé une famille ainsi : « Michel Sauvage; Sqaw de Michel; Enfant 1 de Michel; Enfant 2 de Michel; Enfant 3 de Michel ». Quel plaisir j’ai eu à retracer cette famille… En 1891, le gouvernement a décidé d’enlever complètement la case de la nationalité. Alors, les « Indiens »et les « sauvages » des années précédentes sont maintenant devenues des « chasseurs/hunters ». On n’a qu’à retracer une même famille dans les recensements de 1881, 1891 et 1901 pour confirmer cette théorie. Mais le recensement avec le plus d’informations utiles pour les autochtones, c’est celui de 1901. Ce dernier contient la nationalité de la personne recensée dans la colonne #14 ainsi que la couleur de sa peau dans la colonne #5 (R pour rouge et B/W pour Blanc ou White). Mais soyez prudent, assurez-vous de toujours vérifier ces deux colonnes afin de déterminer la nationalité autochtone d’une personne. Il peut parfois y avoir des petites surprises de cachées à l’intérieur du recensement. Laissez-moi vous expliquer.
Pendant plusieurs années, j’ai tenté de répertorier les personnes de souche autochtone du Pontiac identifiées dans les recensements fédéraux. J’ai sorti ceux du recensement de 1901 mais il y avait plusieurs familles de mon coin qui n’étaient pas identifiées comme autochtones dans la colonne #14, mais ces gens insistaient en répétant qu’ils étaient d’ascendance autochtone. J’ai dû consulter ces recensements pendant plusieurs années sans jamais m’apercevoir d’une petite anomalie dans la colonne #5, celle de la couleur. Mon oncle et ma tante ont fait cette découverte lors d’une de ces journées passées aux archives.
Mon oncle, qui est quand même assez âgé et pas tellement habitué à ce genre de travail, examinait les recensements de 1901 et avait comme tâche d’identifer toutes les personnes qui avaient un « R » dans la colonne #5. À un certain moment donné, il demande à ma tante ce que voulait dire ce symbole bizarre qui se répétait souvent : fb. Ma tante ne pouvait l’expliquer, alors elle consulta la généalogiste. Elle non plus ne pouvait fournir une explication. Alors, elle a sorti les Instructions de l’énumérateur pour l’année 1901 et c’est là que nous avons fait la découverte du siècle! Même si une personne était recensée comme étant d’origine canadienne-française dans la colonne #14, le fb dans la colonne #5 signifiait que cette personne était métisse également. Le symbole fb était une abréviation qui voulait dire « French‑Breed » pour décrire un métis-français. Il y avait aussi d’autres symboles utilisés cette année là. Le EB signifiait « English-Breed » pour un métis-anglais, le IB signifiait « Irish-Breed » pour un métis-irlandais, le SB, le « Scoth-Breed » pour un métis écossais et finalement le OB signifiait « Other-Breed » quand on ne pouvait déterminer clairement l’origine ethnique de l’individu.
Ce fut pour moi une découverte aussi importante que celle de la pierre de Rosette en Égypte. Avec cette information, je pouvais finalement justifier les affirmations de plusieurs familles qui avaient toujours maintenues qu’elles étaient d’origines autochtones. Il serait intéressant de mentionner également que pour les autochtones, la notion de l’âge n’a aucune importance. Le concept de calculer son âge comme on le connaît aujourd’hui est une invention européenne qui fut imposé à la culture autochtone par le clergé. C’est pourquoi vous pouvez retrouver les membres d’une certaine famille au recensement de 1871 et 10 ans plus tard, en 1881, ils sont âgés de 15 et 20 ans de plus. Très souvent, c’est l’énumérateur qui devinait leur âge et j’ai même vu certains énumérateurs qui inscrivaient tout simplement dans la case réservé pour l’âge : « Ne connaît pas son âge ».
En conclusion, j’espère que ces renseignements vous permetteront de découvrir et d’apprécier pleinement votre héritage autochtone. J’espère également que cette information pourra vous aider dans vos projets de recherches en généalogie autochtone et que j’ai pu répondre à vos questions sur ce sujet. Ci-après, vous trouverez une copie de mon arbre généalogique mettant en évidence mes ascendances autochtones. Si vous avez besoin de renseignements additionnels ou si vous avez besoin d’aide avec un projet de recherche particulier, n’hésitez pas à communiquer avec moi au (819) 665-2972 ou via le site internet de l’Alliance Autochtone du Québec au www.aaqnaq.com.
ARBRE GÉNÉALOGIQUE
Luc Lacroix
(côté maternel: Les familles Paul & Paquette)

Luc Lacroix
(côté paternel : Les familles Lacroix & Gervais)
